Deuxième Rencontre de MoneyStore.be : La crise et les actions n’ont pas dit leur dernier mot !

Belle prestation, hier soir, de nos deux orateurs Serge Wibaut, Professeur à l’UCL et Thierry Masset, Head of Portfolio Management chez ING lors de la deuxième Rencontre de MoneyStore. Leur exposé clair et structuré a conquis un auditoire rassemblé dans les somptueux locaux de la Banque ING à l’hôtel Coudenberg, Place Royale à Bruxelles.

Il fut bien sûr question de la crise qui, selon Serge Wibaut, est avant tout une crise de super endettement. Après avoir retracé l’historique de la crise, cet économiste est revenu sur l’explosion des dettes publiques à travers le monde. « Le monde financier s’est gavé de dettes à bon marché et a construit un édifice basé sur de la dette à plusieurs étages. Fragile, il ne pouvait que s’effondrer provoquant une forte baisse des marchés actions et une forte récession », constate Serge Wibaut.

Dans cet environnement qui laisse entrevoir une longue période de croissance faible, comment investir et gérer son portefeuille ? « La tendance au super endettement se manifeste clairement dans les actifs détenus en portefeuille. L’épargne mondiale s’est rarement autant engouffrée dans des actifs offrant des rendements nuls voire négatifs que sont les obligations souveraines de pays comme l’Allemagne ou les pays scandinaves, par exemple », constate Thierry Masset.

Pourtant, les actifs à risque sont, actuellement, faiblement valorisés mais… dans le contexte actuel, ils sont assortis de primes de risques élevées. Les actions n’ont cependant pas dit leur dernier mot. « Les obligations d’Etat devraient passer le témoin aux actions et, aujourd’hui, les investisseurs ont intérêt à privilégier les actifs sous-valorisés et offrant une bonne diversification », estime Thierry Masset.

Et pour demain, à quoi doit-on s’attendre ? « La crise n’est pas finie, ce type de crise se résorbe, en moyenne en 15-20 ans. Nous en avons déjà passé sept. Un jour, il va falloir rembourser ces dettes. Je pense que ces chocs ne se limiteront pas à la sphère économique. Ils seront également sociaux, politiques et géopolitiques. Nul ne peut prédire ce qu’il va se passer mais nous pourrions nous retrouver dans des situations inédites avec des alliances géopolitiques que nous  n’envisageons pas aujourd’hui », note encore Serge Wibaut.

Plusieurs scénarios peuvent être envisagés mais nul ne peut vraiment dire vers quoi nous nous dirigeons : situation d’austérité, inflation ou défaut de paiement qui se propagerait à plusieurs émetteurs souverains.

Du côté des marchés émergents, il ne faut pas trop se leurrer non plus. « Ce n’est pas parce que ces pays affichent des taux de croissance plus élevés que les économies occidentales qu’ils offrent plus de rendement. Ces rendements n’ont pas été, récemment, nettement supérieurs à ceux des marchés d’actions européens », souligne Thierry Masset.

Dans cet environnement assez austère, la conférence s’est néanmoins terminée sur une note d’optimisme : il existe encore des sociétés saines et rentables dans lesquelles on peut investir. On constate que certaines entreprises ont des bilans assainis ainsi que de bonnes valorisations. Elles présentent, de ce fait, des opportunités d’investissement.

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3 réponses à Deuxième Rencontre de MoneyStore.be : La crise et les actions n’ont pas dit leur dernier mot !

  1. Dor dit :

    « des alliances géopolitiques que nous n’envisageons pas aujourd’hui » est une idée intéressante. À-t-on détaille un peu lesquelles et pourquoi avec quelles implications?
    Paul. D’or

    • I.de.L dit :

      Voici la réponse de Serge Wibaut, un de nos orateurs lors de la deuxième rencontre de MoneyStore:
      Concernant les alliances géopolitiques, j’ai voulu parler de changements géopolitiques majeurs qui se déroulent pour le moment. Par exemple:

      Au moyen-Orient:
      – la montée des chiites en Iraq qui renforce la position de l’Iran dans la région (mais pourrait être contrebalancée par la chute du régime en Syrie)
      – le fait que l’Egypte n’est plus un allié des USA (dixit Obama)
      – la Turquie qui se détourne de son soutien vis-à-vis d’Israël

      En extrême-Orient:
      – l’assertivité de la Chine embarrasse toute la région (cfr. les tensions entourant la mer de Chine) et pourrait amener ses voisins immédiats à s’allier entre eux et avec les USA (on le voit déjà: manoeuvres maritimes communes, ouverture de nouveaux ports d’attache de la US Navy dans le Pacifique)
      – montée d’un certain nationalisme au Japon demandant une militarisation accrue suite aux provocations chinoises autour de quelques îlots perdus en Mer de Chine
      – la position de l’Inde dans ce contexte n’est pas encore extrêmement claire et laisse planer de l’incertitude

      En Europe:
      – on voit différents mouvements de fissure au sein de l’UE: alliance militaire de certains pays d’Europe centrale (accords de Visegrad dirigé contre la Russie), groupe de contact formel entre le RU et les pays scandinaves, rapprochement de la France avec les pays méditerranéens

  2. d'Andrimont Baudouin dit :

    Intéressante prestation en effet à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister hier à l’hôtel Coudenberg.
    Dans le cadre de la dette argentine dont il a été entre autre question, je vous invite à lire la chronique de Marc Fiorentino de ce 26 novembre relative à un jugement qui donnerait raison à des hedge funds qui après la restructuration de la dette ont investi dans cette dette décotée et qui pourraient obtenir d’être remboursé avant les autres créanciers , capital à 100% et même avec intérêts non payés.
    Si cela devait faire tache d’huile, les prochaines restructurations de dettes pourraient devenir très difficile voire impossible à réaliser.

    http://www.monfinancier.com/finances/journal-de-monfinancier-c1/edito-r2/l-affrontement-sur-la-dette-argentine-12047.html

    … Et un tribunal Américain vient de leur donner raison
    L’Argentine doit rembourser intégralement les fonds qui ont refusé la restructuration, c’est-à-dire une annulation très significative de la dette, avant de rembourser la large majorité des créanciers qui elle a accepté ce sacrifice. …..

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