Pharmaceutiques : critères ISR à revoir ?

Un entretien avec Bernard Bayot, Directeur du Réseau Financement Alternatif, RFA

Nous avons interrogé Bernard Bayot sur la place que peuvent avoir les entreprises pharmaceutiques dans les fonds ISR.

Dans les fonds ISR, quels sont les critères qui sont analysés concernant les valeurs pharmaceutiques ?

Beaucoup de questions se posent concernant ces entreprises. Parmi les critères analysés, on peut relever les éléments suivants :

  • Le manque de transparence des produits.
  • Les manipulations génétiques.
  • Les expérimentations sur animaux.
  • Les politiques marketing utilisées, les lobbyings.
  • L’impact sur la biodiversité par l’utilisation de ressources naturelles menacées de la faune ou de la flore. A noter que cet impact est relativement peu étudié.
  • La piraterie en matière de biodiversité. On constate que des entreprises pharmaceutiques déposent des brevets relatifs à des molécules existant dans la nature ou sur des molécules qui proviennent de la médecine traditionnelle et qui font partie d’un héritage ancestral.
  • Il y a bien sûr toute la problématique du prix des médicaments surtout dans des populations fragilisées et soumises à des pandémies, comme le sida, par exemple ou dans des pays avec une faible couverture en matière de soins de santé (comme les Etats-Unis, par exemple).
  • Il y a aussi toutes les questions relatives aux essais cliniques sur des populations dans les pays en développement.
  • Les produits génériques.

Mais il faut reconnaître que tous ces facteurs ne sont pas toujours pris en compte dans l’analyse ISR des fonds.

Compte tenu de certains comportements, les secteurs pharmaceutique et pétrolier ont-ils vraiment leur place dans les fonds ISR ?

La réponse doit être nuancée. Au départ, on exclut les secteurs qui ont un réel impact sociétal négatif comme les secteurs de l’armement, de l’alcool ou du tabac, par exemple. On ne peut pas dire que le secteur pharmaceutique ou le secteur pétrolier sont dans cette catégorie. On ne pourrait pas se passer du pétrole rapidement et les sociétés pharmaceutiques ont un impact sociétal positif aussi. L’exclusion ne serait pas une solution. Il ne faut pas verser dans l’angélisme ni dans l’orthodoxie. La présence de ces secteurs dans les fonds ISR pousse aussi les entreprises de ce secteur à l’amélioration de ces critères. Si on les excluait, il n’y aurait plus de pression sur elles. C’est pourquoi l’approche Best in Class, qui permet de sélectionner les meilleures entreprises du secteur, les pousse à s’améliorer. Il faut cependant affiner les normes de sélection pour certains secteurs. Les agences de notation ISR devraient fixer des normes plus strictes. Pour cela, il faudrait aussi une demande de la part du secteur financier pour qu’elles soient plus sévères dans la définition de leurs critères pour certains secteurs. Cela permettrait aussi que le sérieux du secteur de l’ISR ne soit pas entaché. On doit aller vers plus d’exigence même si cela engendrera un coût supplémentaire dans l’analyse ISR.

 

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