Les restructurations à analyser avec attention

Par AXA IM

Pendant les périodes de récession, les entreprises cherchent au mieux à maintenir leur capacité de croissance ou à tout simplement survivre. La méthode la plus utilisée par les entreprises est la réduction des effectifs car elle permet de réduire les coûts instantanément. Une autre voie pourrait être celle d’augmenter les revenus plutôt que la baisse des coûts mais c’est plus difficile à réaliser et les effets sont incertains.  C’est ainsi que, depuis la crise financière de fin 2007, le nombre de chômeurs a augmenté de 13.4 millions de personnes dans les pays de l’OCDE pour atteindre  44.5 millions de chômeurs.

Dans un contexte où les plans de restructurations explosent notamment en Europe, il est important que l’investisseur s’interroge sur la pertinence des plans de restructuration d’autant que de nombreuses études ont montré que le lien entre la réduction des coûts par la réduction des effectifs et la performance financière et boursière de l’entreprise n’est pas évident.[1]  Certains chercheurs ont tenté de comprendre quels sont les facteurs d’échecs ou de réussite des stratégies de réduction d’effectifs :

  • Une concentration de l’effort sur la baisse des coûts et l’absence d’actions pour améliorer la performance et la productivité de l’organisation en parallèle (Cameron, Freeman and Mishra 1993) ;
  • Les dysfonctionnements mal évalués ou ignorés par l’entreprise, tels que la résistance au changement, la perte de loyauté des salariés, la perte de créativité et de capacité d’innovation (Wetthen and Cameron 1994), le stress lié au maintien de la productivité avec  moins de salariés;
  • L’impact psychologique des licenciements sur les salariés qui restent dans l’entreprise qui génère un coût souvent sous-estimé par les entreprises dans leurs prévisions de rentabilité : le stress des « survivants ».
  • Une restructuration sans véritable stratégie long terme de développement qui ne résout pas le problème de fond

Ainsi, la réduction des effectifs peut générer des coûts indirects souvent sous-estimés par l’entreprise et par les investisseurs.

La réduction des effectifs soulève donc de nombreuses questions :

L’origine / le rationnel de la réduction d’effectifs est déterminante dans la performance boursière de l’entreprise car elle répond aux questions : Que se passe-t-il ? Quelle est la stratégie que l’entreprise cherche à mettre en œuvre pour le développement futur?

La gestion de la restructuration : les réductions d’effectifs se réalisent-elles dans le respect des personnes – salariés mais aussi fournisseurs −, des réglementations voire au-delà de celles-ci dans certaines régions où la protection sociale est faible ou inexistante ?

Quand il s’agit de maintenir ou augmenter la performance future, l’entreprise a-t’elle envisagé toutes les autres alternatives − R&D, programmes de formation, la réduction des gaspillages, une organisation plus efficace, la possibilité de recourir au chômage partiel ?

La qualité du  dialogue et la transparence: en impliquant les parties prenantes dans le projet ou la stratégie à mettre en place, le succès a plus de chance d’être au rendez-vous. Il est aussi essentiel d’être transparent non seulement avec les salariés, mais aussi avec les fournisseurs qui ont besoin de visibilité, avec les clients afin qu’ils soient convaincus que la qualité du service ne pourra s’en trouver qu’améliorée et enfin avec l’actionnaire pour le convaincre d’accompagner l’entreprise dans son projet.

La vitesse de détérioration du marché du travail, ainsi que son ampleur auquel nous assistons  sont des signaux d’alertes pour les marchés financiers. Les politiques et les économistes s’inquiètent de la façon dont nos économies vont pouvoir sortir de la crise. Au niveau micro économique, les analystes et les investisseurs sont face à des entreprises dont les actions parfois orientées court terme ont un impact significatif sur le capital humain. Le défi sera de repérer celles qui auront bien géré cette période de crise économique en privilégiant le long terme et la qualité dans la gestion des restructurations car nous sommes convaincus que le lien entre le succès d’une entreprise et la gestion de son capital humain est très fort.[2]

Illustration: Wiki Commons


[1] http://www.axa-im.com/fr/ri-research : « La gestion du capital humain, source de valeurs »- Auteur Pascale Sagnier, Responsable Recherche Investissement Responsable.

 

[2] http://www.axa-im.com/fr/ri-research: « les Restructurations : à manipuler avec précaution »- Auteur Pascale Sagnier, Responsable Recherche Investissement Responsable.

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