La gouvernance est aussi l’affaire des actionnaires

Nous avons interviewé Marc Deschamps, Professeur affilié à HEC Liège et à la Solvay Brussels School.

Dans l’entreprise, on distingue plusieurs parties prenantes : les actionnaires, les administrateurs, le management, le personnel mais aussi tous les intervenants externes comme, par exemple, les clients, les fournisseurs, les associations professionnelles ou sociétales. La gouvernance est l’affaire de tous ces intervenants et s’adresse à tous.

Concrètement, la gouvernance est-elle souvent bien appliquée ?

Il faut admettre qu’il y a un décalage entre la gouvernance codifiée sous forme de règles et la gouvernance appliquée. Il est très difficile de faire admettre aux dirigeants d’une entreprise, à ses administrateurs ou à ses actionnaires qu’il faut s’attaquer à l’ensemble de la gouvernance de l’entreprise car cela risque de changer un ordre établi, de déstabiliser l’équilibre d’une gouvernance moyenne. Par contre, l’idée de promouvoir une gouvernance thématique plus ponctuelle est mieux perçue. C’est ainsi que l’on peut mettre en place une gouvernance financière ou environnementale, par exemple.

Peut-on dire que la gouvernance est une forme de respect de toutes les parties prenantes ?

Certainement. Si nous reprenons les quatre grandes catégories de parties prenantes, actionnaires, administrateurs, managers et autres parties externes, aucune de ces parties n’a intérêt à écraser l’autre. Le respect est un mot très important en gouvernance. Il faut veiller à un alignement des intérêts de toutes ces parties. Il est important qu’une entreprise identifie bien toutes ses parties prenantes, qu’elle les informe et face aussi preuve d’une empathie à leur égard. L’empathie est cette capacité à se mettre à la place de l’autre.

Au niveau de l’actionnaire, comment peut-il intervenir dans la gouvernance et à quoi doit-on s’attendre dans le futur ?

On en revient au respect. Il faut d’abord que les actionnaires se respectent entre eux et que leur relation soit équilibrée. Ensuite, les actionnaires doivent faire preuve de courage. Ils doivent avoir le courage de dire les choses aux assemblées générales des actionnaires. C’est l’activisme actionnarial. La gouvernance sans courage, c’est du pipeau. Quant à l’avenir, je pense que le vrai marqueur de la gouvernance sera le taux d’excédent de valeur ajoutée qu’elle va procurer et surtout de voir comment cet excédent de valeur ajoutée va être redistribué. Chaque ressource mobilisée pour créer cet excédent de valeur ajoutée devrait être rémunérée. Il n’est pas logique que seuls les actionnaires bénéficient de cet excédent. Il va donc falloir revoir la clef de répartition de la valeur ajoutée. Il faudra aller au-delà du simple paiement de dividende, voir ce qui peut être ou sera réinvesti dans l’entreprise et comment cela sera réinvesti. Il faudra réfléchir à l’usage que l’on veut faire de cet excédent de valeur ajoutée créé par la bonne gouvernance. Cela suppose donc une très forte remise en question.

 

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