François Maniquet : Vers d’autres pistes de réflexion

MoneyStore vous propose une interview de l’économiste François Maniquet, Professeur à l’UCL, à l’Université de Warwick (UK) et lauréat du Prix Francqui 2010.

Le Professeur François Maniquet est un économiste pur et dur qui porte un regard assez décalé sur les événements que nous traversons, sur l’économie et sur les solutions à apporter. C’est parce que ce regard est décalé qu’il est intéressant car il nous force à nous poser d’autres questions et à balayer certaines de nos certitudes.

La première question qu’il pose est de savoir pourquoi nous avons connu, ces dernières années, tant de crises financières. « Après la deuxième guerre mondiale, nous avons connu une longue période d’une quarantaine d’années durant laquelle nous n’avons pas connu de crises financières. Ensuite, peu après les années 70, nous avons connu une accélération de la survenance de ces crises. C’est un fait scientifiquement démontré. La question que l’on se pose alors est de savoir comment on peut expliquer cela. La principale raison de ces crises à répétition se situe dans le manque de transparence et le manque de concurrence sur les marchés, » estime François Maniquet. Selon cet économiste, c’est le développement des mutual funds (fonds de pension) aux Etats-Unis qui a provoqué l’engouement et l’intérêt pour le profit à court terme. Mais cette pression sur le rendement nous la créons tous en nous focalisant sur le prix et sur la performance en ne tenant pas assez compte d’autres critères.

On constate que, sur les marchés, il existe un ensemble de produits qui sont échangés sans que tous les acteurs économiques en présence soient réellement conscients de leur existence, de leur valeur ou de leur construction. Un nombre impressionnant de nouveaux produits sont développés pour des montants astronomiques sans que la théorie économique soit capable de calculer la valeur de ces actifs.  « On peut aussi se poser la question sur la valeur des notations émises par les agences de rating qui sont payées par les acteurs économiques qu’elles notent. Il y a une réelle nécessité à réformer le système financier mais cette réforme est freinée pour des raisons politiques », note François Maniquet.

Cet économiste prône aussi une fiscalité plus juste en pointant du doigt le fait que les riches paient proportionnellement moins d’impôts que les moins riches. Dans ce cadre, il y a une nécessité urgente à harmoniser le cadre fiscal au niveau européen. « Sans coordination fiscale, tout le monde y perd. En Belgique, il est devenu essentiel de travailler sur la taxation immobilière qui est trop basse. Il faut aussi lutter contre la fraude fiscale en y mettant les moyens suffisants. Une autre piste serait d’incorporer les allocations familiales dans la déclaration d’impôts ce qui réduirait les inégalités », estime François Maniquet. Selon cet économiste, les chantiers vers une société plus juste sont nombreux et nécessiteraient la prise de mesures parfois inattendues.

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