Etienne de Callataÿ : Entre scénario idéal et réalité

Nous avons interrogé trois économistes sur leur vision de la crise de l’euro en leur posant trois questions. Chacun a sa conception, chaque perception fera l’objet d’un article. Voici celle d’Etienne de Callataÿ, Chargé de cours invité à l’UCL et aux Facultés de Namur et Senior Fellow de l’Itinera Institute.

Comment envisagez-vous le sort de l’euro ? Doit-on envisager une sortie de la Grèce ?

Le sort de l’euro n’est pas encore scellé. La suite sera dictée par des décisions politiques avant d’être dictées par la rationalité économique. C’est un pronostic difficile à établir dans une crise dont personne ne connait l’issue. Selon moi, l’ajustement requis dans une telle situation serait, au bout du compte, la sortie de la Grèce de la zone euro. Ce serait idéal pour différents pays et a priori cela devrait se passer le plus tard possible pour permettre aux Grecs de s’y préparer et de mettre en place, chez eux, des mesures budgétaires et des réformes économiques nécessaires. Bien sûr, le scénario idéal serait que la Grèce reste dans l’euro en convergeant vers les autres pays avec des partenaires patients qui lui laisseraient le temps nécessaire pour s’adapter. Mais malheureusement, ce ne sera pas possible et, je pense, qu’il faudra passer par une sortie de la Grèce idéalement le plus tard possible.

L’Espagne est dans une situation qui ne permet pas d’envisager une évacuation rapide du problème. Pendant un certain temps encore, nous allons devoir vivre avec une hypothèque sur l’Espagne.

En ce qui concerne les eurobonds, ce n’est pas une mauvaise idée mais il est dommage que l’on n’y ait pas pensé plus tôt. Il faut comprendre aujourd’hui qu’une mutualisation de la dette ne sera pas possible. Il faudra limiter la solidarité.

Quel scénario privilégiez-vous, croissance ou austérité ?

L’austérité n’est pas une fin en soi. Il faut avoir une croissance mais une croissance pérenne et soutenable. Je suis partisan d’une croissance soutenable à long terme. Dans ce cadre, on peut accepter un relâchement du rythme d’assainissement budgétaire en échange du renforcement du programme d’ajustement structurel. On peut alourdir les déficits budgétaires si c’est le prix à payer pour obtenir une réforme du marché du travail et du système des retraites, par exemple, sans se braquer sur des objectifs à court terme. Il faut mettre l’accent sur ce qui fera de la croissance dans cinq ou dix ans. On pourrait envisager une réforme de la fiscalité pour promouvoir le travail, soutenir la recherche, une meilleure politique en matière d’éducation, une refonte de la sécurité sociale tout cela dans le but de soutenir la croissance de façon pérenne.

Quelles sont les conséquences pour l’investisseur et où peut-il investir ?

Aujourd’hui, par défaut d’attractivité, il est plus que jamais difficile d’investir. Il est évident que peu de gens sont enclins à investir en actions mais, en même temps, ils se disent, que laisser dormir leur argent avec une érosion due à l’inflation, ce n’est pas mieux. Les investisseurs qui veulent se positionner en obligations sont obligés de le faire, pour avoir du rendement, soit à long terme soit dans des émissions à risque. A long terme, ils s’exposent au danger d’une augmentation des taux d’intérêt. Par défaut et à condition d’avoir les nerfs solides et un horizon de temps suffisant, l’investissement en actions est recommandé. Mais il faut bien se connaître et éviter de vendre dans la panique.

Aujourd’hui, je ne privilégierais pas les marchés américains mais plutôt les marchés européens et émergents. Les marchés émergents ont l’avantage d’offrir une décorrélation par rapport au reste du patrimoine des investisseurs belges. Il faut, dans le contexte actuel, avant tout veiller à une bonne diversification du portefeuille.

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