Eric De Keuleneer : Améliorer la compétitivité

Nous avons interrogé trois économistes sur leur vision de la crise de l’euro en leur posant trois questions. Chacun a sa conception et chaque perception fera l’objet d’un article. Voici celle d’Eric De Keuleneer, Professeur à la Solvay Business School.

Comment envisagez-vous le sort de l’euro ? Doit-on envisager une sortie de la Grèce ?

Une sortie de la zone euro des pays qui connaissent des problèmes ne résoudrait pas leur situation. Mais il faut reconnaître, par ailleurs, que rien n’est exclu. Les problèmes de ces pays trouvent leur source essentiellement dans leur manque de compétitivité et dans le traitement des risques bancaires. Il est possible de prendre des mesures qui aboutiraient au résultat escompté sans devoir quitter la zone euro. Ces mesures passeront par l’assainissement du système bancaire et par une aide ciblée des institutions européennes. Le cas de l’Irlande est un bon exemple. Les Irlandais sont en train de résoudre les problèmes liés à la bulle immobilière et au système bancaire. Sortir de l’euro serait très coûteux et n’apporterait pas une solution adéquate aux problèmes actuels.

Les eurobonds ne sont pas non plus une solution. Les Allemands n’en veulent pas et les problèmes vont au-delà des problèmes de dette publique.

Quel scénario privilégiez-vous, croissance ou austérité ?

Je suis bien sûr en faveur de la croissance. Cependant, l’inanité d’une politique de déficit public et de taux d’intérêts bas a été démontrée pour relancer la croissance. Les Etats-Unis ont pu se permettre ce type de politique entre les années 90 et 2011 parce qu’ils impriment la monnaie de réserve. Je ne suis pas certain que ce soit le bon modèle pour relancer la croissance. On ne peut plus se le permettre. Il faut désormais gérer un retour à l’équilibre budgétaire.

Pour relancer la croissance, il faut encourager la compétitivité. La compétitivité pourra être améliorée grâce à une meilleure efficacité du marché du travail. Cela passera par la formation et l’accompagnement des chômeurs, par une maitrise des coûts de l’énergie et par des mesures pour améliorer la concurrence, car la concurrence améliore la compétitivité.

Il faut donc travailler sur des mesures structurelles telles que sur le coût du travail, les modèles de sécurité sociale, les rentes de situation. L’Europe connait des déséquilibres en termes de compétitivité. L’Allemagne a des surplus de balance commerciale et est plus compétitive que les autres pays. Il faudrait que l’Allemagne augmente ses salaires de 10 à 12% pour accroître sa consommation, ce qui favoriserait aussi la production en Europe.  Depuis un an, l’Espagne améliore sa balance commerciale. La baisse de l’euro est, dans ce sens, une bonne chose.

Il faudrait aussi que les Etats investissent en recherche et développement. L’initiative publique ne doit pas être exclue mais elle doit être ciblée et doit viser des mesures structurelles.

Quelles sont les conséquences pour l’investisseur et où peut-il investir ?

Dans la situation actuelle, on pourrait être investi à concurrence d’un tiers dans des obligations liées à l’inflation, un tiers dans des actions de sociétés industrielles solides qui procurent des dividendes et un tiers dans des obligations d’Etat ou d’entreprises de bonne qualité. Il est d’ailleurs dommage de constater que les nouvelles mesures fiscales pénalisent ces dernières formes d’investissement.

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