Stock picking : le rendement du dividende, un critère de sélection idéal

Par ING IM

Aujourd’hui, entre la récession que nous traversons, les doutes quant à la « soutenabilité » de la dette de nombreux états, les taux d’intérêts planchers et la crise de l’euro, les investisseurs à long terme ne savent plus à quel saint se vouer. Faute de repères, ils délaissent dès lors petit à petit les marchés d’actions. Pourtant dans cet océan d’incertitudes, certains indicateurs, à l’instar du rendement du dividende, demeurent pour les investisseurs une des meilleures assurances.

Nombre d’études illustrent qu’à long terme, les dividendes constituent la majeure partie du rendement d’un portefeuille d’actions et que les entreprises payant des dividendes élevés performent mieux que les entreprises payant des dividendes faibles ou n’en distribuant pas du tout. Les dividendes représentent en outre davantage qu’une simple restitution d’argent aux actionnaires puisqu’ils peuvent constituer une façon pour ces derniers de mieux contrôler les opérations de la direction en réduisant les liquidités laissées au sein de la société.

La politique en matière de dividendes est un élément essentiel de la stratégie d’une entreprise et peut obéir à différentes logiques. Une entreprise peut en effet orienter sa politique de dividende pour choyer et fidéliser ses actionnaires. En distribuant une large partie de ses bénéfices, une entreprise renforce en effet d’une part, son modèle de corporate governance en réduisant la marge de manœuvre financière de la direction et d’autre part, satisfait la préférence pour le cash de ses actionnaires. Alors que les bénéfices retenus sont un concept comptable, les dividendes sont des liquidités bien réelles distribuées par la société. Par conséquent, une politique de distribution de dividendes donne un solide signal aux investisseurs en ce qui concerne la santé financière de la société. Les investisseurs réagissent dès lors souvent positivement à une augmentation du dividende, tandis qu’ils accueillent une baisse du dividende plus négativement qu’une révision à la baisse des bénéfices.

Trois facteurs sont généralement utilisés pour évaluer la pérennité de la politique de dividende d’une société :

  1. Le ratio de distribution est  calculé en divisant le dividende de la société par le bénéfice par action après taxes. Un ratio de distribution supérieur à 1 signifie que la société distribue pour l’année un dividende plus élevé que les bénéfices qu’elle a réalisé. Dans une perspective historique, les sociétés ont distribué entre 40% et 50% de leurs bénéfices en dividendes. Aujourd’hui, on constate que le ratio de distribution est inférieur à sa moyenne historique et, dans ce contexte, même si une stagnation des bénéfices est attendue pour 2013, une baisse des dividendes semble peu probable.
  2. Le rendement du dividende est calculé en divisant le dividende brut par le cours de l’action. Ceci indique combien une société distribue chaque année en cash par rapport au cours du titre. En l’absence de plus-value, le rendement du dividende est le return sur investissement d’une action. Au cours des deux dernières années, le rendement du dividende a été proche de 4% en Europe.
  3. La couverture du dividende est le ratio des bénéfices de la société par rapport aux dividendes payés aux actionnaires, calculé en divisant le bénéfice par action par le dividende par action. Si une entreprise enregistre ainsi un bénéfice par action de 10 USD et qu’il distribue un dividende de 2 USD, la couverture du dividende est de « 5 fois ».

D’un point de vue purement comptable, le paiement d’un dividende peut s’apparenter à une perte de valeur de la société qui l’octroie tandis que d’un point de vue économique, on peut estimer que la valeur d’une entreprise correspond à la valeur actuelle de tous les dividendes futurs. On observe en effet que nombre d’investisseurs sont loin d’être indifférents à l’allocation des bénéfices des entreprises dont ils sont actionnaires et, qu’à l’instar de Warren Buffet, ils semblent même préférer les actions à hauts dividendes, et ce pour plusieurs raisons.

Soulignons tout d’abord le fait que, comme le confirment de nombreuses études académiques, les dividendes constituent l’essentiel du rendement d’une action sur le long terme. Ainsi, si l’on décompose le rendement annuel moyen de l’indice MSCI World durant ces 40 dernières années, on observe qu’il provient pour l’essentiel des dividendes.

Signalons ensuite que plusieurs études ont démontré que les sociétés distribuant un dividende élevé performent mieux que celles qui ne distribuent pas de dividende. L’étude la plus récente en la matière est celle de Kenneth French de l’université de Dartmouth qui conclut que les actions américaines ne distribuant pas de dividende ont affiché depuis 1927 un rendement total de 8,4% par an, contre 11,2% pour les sociétés distribuant un dividende élevé.  Cette tendance s’observe de manière quasi indentique au niveau mondial comme l’illustre le graphique ci-dessous, qui compare l’évolution de l’indice MSCI World – avec ou sans réinvestissement des dividendes, depuis 1970 à nos jours – et dont l’interprétation se passe de commentaires.

Source: Thomson Datastream – ING Investment Management – Data: MSCI World in US$, January 1970 to October 2012

La surperformance des actions distribuant un dividende élevé aurait été facile à expliquer si ces titres avaient été plus risqués ou plus volatils que d’autres, mais ce n’est pas le cas. Au contraire, lorsque les valeurs de croissance et de rendement sont définies par le rendement du dividende, ce sont les valeurs de rendement qui affichent la volatilité la plus faible.

L’année 2013 s’annonce difficile à de nombreux égards. En Europe, la crise de la dette continuera vraisemblablement à faire les gros titres tandis que, dans le même temps, la croissance économique mondiale devrait se révéler anémique, nombre de pays flirtant avec la récession : la croissance mondiale devrait ainsi s’établir autour de 3.3% en 2013, soit un niveau inférieur à son potentiel.

Dans ce contexte, les résultats des entreprises devraient être mis sous pression et bien que nombre d’analystes anticipent une progression de ceux-ci pour l’an prochain, nous estimons que la croissance bénéficiaire en 2013 devrait être nulle en Europe et inférieure à 5% aux Etats-Unis. Si l’absence de croissance bénéficiaire est pénalisante pour les marchés d’actions, ceux-ci devraient toutefois parvenir à tirer leur épingle du jeu grâce à la faiblesse de leurs valorisations.

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Une réponse à Stock picking : le rendement du dividende, un critère de sélection idéal

  1. Schock Jean-François dit :

    exact en théorie, mais quid de la pratique pour l’investisseur belge? après déduction de 25% de précompte mobilier, et la double taxation subie sur les dividendes d’actions françaises notamment, la courbe des actions à haut dividende ne sera sans doute plus aussi spectaculaire. Par contre l’argument en faveur des actions à faible volatilité reste pertinente.

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