Les actions n’ont pas dit leur dernier mot … dans le cadre d’un portefeuille diversifié

 Par ING IM

Dans son édition du 24 mai 2012, le Financial Times a choisi de reprendre, mais sous forme interrogative, le titre provocateur utilisé en 1979 par Business Week : Les actions sont-elles mortes ?  (« The Death of Equities ? »). Selon un récent « Baromètre des Investisseurs » d’ING, moins d’un tiers des investisseurs belges s’attendent à ce que les actions rapportent plus de 5 % dans  un horizon à douze mois. Et les particuliers ne sont pas les seuls à accorder peu de crédit aux actions, les institutionnels se révèlent, eux aussi, très prudents: leurs positions en cash et en obligations de qualité restent plus élevées que la moyenne historique. D’où la question relayée en première page par le Financial Times à la fin août : faut-il encore investir en actions ?

Pour nous, la réponse est sans ambigüité : oui. Et ce, essentiellement pour trois raisons. Tout d’abord, les actions se sont, en dépit des crises à répétition, relativement bien comportées sur le long terme et disposent de valorisations relatives attractives par rapport aux autres classes d’actifs traditionnels (obligation et immobilier). Ensuite, les investisseurs en actions ne doivent pas perdre de vue qu’ils restent, à condition de disposer d’un portefeuille diversifié et d’un horizon de placement à moyen/long terme, correctement rémunérés pour le risque encouru.  Enfin, il faut garder à l’esprit que les opportunités d’investissement apparaissent souvent en périodes de stress financier. Pour reprendre les termes de Sir John Templeton : “Les marchés haussiers naissent en période de pessimisme, croissent lorsque le scepticisme est de mise, arrivent à maturité en phase d’optimisme et meurent quant les opérateurs se laissent gagner par l’euphorie. Le meilleur moment pour acheter des actions, c’est lorsque le pessimisme est le plus fort.”

  1. Le bilan des actions est loin d’être totalement noir

Les marchés boursiers ont certes traversé de nombreuses crises, mais cela ne les a pas empêché d’engranger des rendements spectaculaires sur le long terme. Depuis que Business Week a proclamé en 1979, aux termes de dix années de croissance médiocre et de pressions inflationnistes, la mort des actions (« Death of Equities »), le S&P 500 a progressé d’environ 1460 % ! Une prestation qui peut inciter à tolérer une certaine volatilité boursière sur le court terme. A fortiori, si les dividendes réinvestis sont intégrés dans l’équation. Si l’on prend, cette fois, l’exemple de l’indice MSCI des principales « blue chips » européennes, on constate que leurs cours ne se sont appréciés, en moyenne, que de 11 % au cours des 10 dernières années. Un rendement qui grimpe à  55 % si l’on inclut les dividendes et les gains réalisés grâce à leur réinvestissement ! Sur une base annuelle, cela représente une performance moyenne de 3 % supérieure à l’inflation.

       2. Pourquoi croire encore dans les actions…

On a parfois l’impression que les marchés boursiers ne nous ont réservé que des mauvaises surprises ces dernières années. Or, de l’avis général, la croissance économique risque de conserver un profil inférieur à sa moyenne de long terme avec, à la clef, des rendements boursiers qui pourraient en pâtir.

Pourtant, en dépit de fondamentaux négatifs, les cours boursiers tendent à redresser la tête, les investisseurs semblant accorder davantage de crédit, sous l’impulsion des politiques monétaires ultra-accommodantes des banquiers centraux, aux facteurs techniques positifs (comme la valorisation et le rendement des dividendes) et qui animent le marché des actifs à risque.

            3. Les actions restent relativement bon marché

A en juger par l’évolution sur 20-30 ans, les critères de valorisation des actions demeurent attractifs. Dans le cas américain, les différents ratios cours/bénéfices relatifs aux actions du S&P 500 ne sont pas exagérés et oscillent entre 14,7 et 22,3.  Les actions américaines semblent également raisonnablement valorisées lorsque la valeur des sociétés est mesurée par rapport à la taille de l’économie du pays. Le ratio capitalisation boursière du S&P 500/produit intérieur brut US avoisine les 83 %, après avoir culminé à 101 % en mai 2007, au terme d’un marché haussier de cinq ans, et à 131 % en août 2000, juste avant l’éclatement de la bulle Internet des années 90. De leur côté, les actions de la zone euro sont considérées comme les plus sous-évaluées, toutes régions confondues, par 45 % des gestionnaires de fonds (un pourcentage inégalé). Sur base de l’indice MSCI Europe, elles se traitent à 12,1 fois les bénéfices attendus, alors que leur ratio cours/bénéfices moyen des 20 dernières années s’élève à près de 23. Le ratio cours/valeur d’inventaire est porteur d’un message identique : les actions européennes se traitent avec un multiple de 1,5 x, contre une moyenne historique de 2,2x.

         4. Les actions offrent des dividendes qui rivalisent avec les coupons obligataires

Outre des valorisations absolues favorables, les actions bénéficient également de valorisations attractives par rapport aux autres classes d’actifs.  Malgré 30 années de marché obligataire haussier et de contraction des taux d’intérêt, les obligations souveraines ne sont pas à l’abri d’une déstabilisation qui pourrait provenir d’un cycle inflationniste, voire déflationniste. Dans ce contexte, les actions ont un atout de taille : leur rendement des dividendes s’avère nettement plus généreux que le rendement des obligations. Or, la contribution des dividendes réinvestis dans le rendement total d’un placement en action se révèle historiquement significatif. Et, pour peu que la volatilité persiste sur les marchés, les dividendes et leur taux de croissance pourraient encore jouer un rôle plus important. Il faut garder à l’esprit que la capacité de paiement des dividendes des entreprises se révèle très élevée, grâce au niveau quasi record de leurs liquidités. De plus, les dividendes progressent traditionnellement de concert avec l’inflation. C’est précisément cet aspect dynamique des dividendes qui peut induire un rendement supplémentaire par rapport aux instruments à taux fixes.

         5. … et surtout dans celles considérées comme « Investment Grade »

Compte tenu des rendements historiquement faibles des obligations et de la prudence entourant ceux du marché immobilier, une redistribution des cartes en faveur des actions n’est pas à exclure. Même si nous sommes conscients que ce processus pourrait prendre du temps, les investisseurs continuant d’accorder la priorité à la protection de leur capital, les actions semblent être en mesure de s’adjuger une place plus centrale dans les portefeuilles d’investissements. Avec, à la clef, une réorientation des stratégies d’allocation d’actifs qui, pour l’heure, arborent toujours un profil défensif. Ceci étant,  il faut reconnaître que les investisseurs sont confrontés à un douloureux dilemme. D’une part, il est difficile d’obtenir un revenu réel positif sur le marché obligataire sans prendre au moins quelques risques (investir dans les emprunts d’entreprise de moindre qualité crédit). D’autre part, beaucoup d’actions sont considérées comme risquées dans l’environnement actuel (croissance faiblarde, instabilité du système bancaire et incertitude concernant la crise des dettes publiques).

Dans ce contexte, nous privilégions les actions « Investment Grade » (pour reprendre la terminologie en vigueur sur le marché obligataire), c’est-à-dire les actions disposant d’un historique solide, d’un bilan sain, et pouvant se prévaloir d’une croissance soutenue des dividendes. Dans le même temps, nous continuons de privilégier la diversification des positions entre classes d’actifs. In fine, quelque soit la tolérance au risque et le profil de l’investisseur, c’est cette diversification qui permet, davantage que le timing des investissements, de réduire le degré de risque des portefeuilles.

 

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2 réponses à Les actions n’ont pas dit leur dernier mot … dans le cadre d’un portefeuille diversifié

  1. EMR dit :

    « Dans ce contexte, nous privilégions les actions « Investment Grade » (pour reprendre la terminologie en vigueur sur le marché obligataire), c’est-à-dire les actions disposant d’un historique solide, d’un bilan sain, et pouvant se prévaloir d’une croissance soutenue des dividendes »

    Auriez vous des exemples? Généralement, ce sont des actions qui sont très haut…..: Inditex, BMW…

    • I.de.L dit :

      MoneyStore a une mission d’éducation financière et ne donne aucun conseil en placements. Ce n’est pas son rôle. A bientôt.

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