On en est où dans ce cycle économique ?

La chronique de Patrick van Campenhout présentée au cours d’initiation à la finance et aux placements du 23 avril 2012

Il y a deux mois, on ne parlait que de récession et d’aggravation de la crise. Rappelez-vous: la Grèce était au bord du gouffre, et l’euro avec elle. Entre-temps, on est revenu à la réalité politique de l’Union européenne et à une solution difficile mais qui tient jusqu’à présent pour la Grèce et les autres partenaires européens, même les plus faibles. Bon, il reste encore à régler pour la Grèce le volet social, en Grèce comme ailleurs où la pression des plans d’austérité fait trop mal. On note d’ailleurs un peu partout des mouvements sociaux et l’on cristallise aussi la rancoeur sur les banquiers – ce sont eux qui ont amené cette situation de crise interminable, et sur les responsables d’entreprises dont le salaire sort de la norme. Le problème ou l’avantage, c’est qu’il n’y a pas de norme. L’avantage, c’est pour les entrepreneurs qui doivent assez logiquement gagner l’argent pour lequel ils se battent où ont fait preuve d’intelligence. Le problème du manque de norme c’est qu’il y a la tentation d’en créer une. Et ça me semble assez difficile. La créativité en matière de rémunération aussi est un problème parce que le fisc a de plus en plus de moyens de débrouiller les fils de ces montages. C’est vrai chez nous et c’est vrai ailleurs. Je vois qu’hier en France, un peu noyé dans le fracas électoral, l’ancien patron des patrons français, Ernest-Antoine de Seillière s’est vu reprocher un montage limite par le fisc. Pour des montants assez sympathiques puisqu’on parle de 40 millions d’euros… En Belgique c’est pareil, on cristallise chez nous sur les patrons des entreprises cotées – Didier Bellens chez Belgacom, le patron de Bekaert, notamment, et on y trouve évidemment des disparités surprenantes. Le nouveau patron de Mobistar gagne 5 ou 6 fois moins que son prédécesseur… Bellens dix fois plus que le Premier ministre. Il n’y a pas de norme maximale en tout cas. Sans doute parce qu’il n’y a pas non plus de fiscalité réellement progressive. C’est un énorme débat de société au nouveau du pays, et à celui de l’Union européenne. Et comme ça fait vendre de la copie ou des émissions de télé, on remet régulièrement à l’avant-scène les nouveaux milliardaires dans les pays émergents. Avec un risque à la clé : celui d’assister dans le pire des cas à une explosion sociale et au lynchage des gens visiblement trop riches. On a assisté à un phénomène de ce type en 1789… Et quand on voit des mouvements comme celui des « Indignés » un peu partout dans le monde, ou celui des Anonymous qui arrivent tous à se fédérer sans même se connaître, sur des thèmes sociaux ou politiques forts, on doit imaginer que tout est possible. Mais pour que ce soit possible, il faut gérer les zones de tension. Il est donc important de mettre la pression sur le politique à cet égard. Parce que pour des dirigeants politiques, une situation de dualité dans une société, c’est plutôt une bonne affaire : « ce n’est pas le gouvernement qui est le méchant, c’est ce riche qui a vraiment trop d’argent ! ».

Une situation de ce type est bien sûr une situation classique de crise ou de sortie de crise. Et c’est dans la santé de l’économie qu’il y a une porte de salut, une soupape de sécurité. Je pense évidemment ici aux plans de relance de l’économie avec pour ce qui concerne la Belgique, une assistance qui devrait aller vers les indépendants et les petites entreprises, c’est en nombre d’emplois, le gros du tissu économique belge fragilisé par la crise. On vient de le voir, La Libre l’a montré au travers d’une enquête du Cefip, les indépendants ont beaucoup de mal à accéder au crédit, et la situation ne va pas s’améliorer avec le durcissement attendu des règles prudentielles dans le secteur bancaire. Dans d’autres chroniques du site MoneyStore nous évoquons d’ailleurs les fameuses règles de « Bâle III».

Je reviens à la crise de la zone euro ou de la dette souveraine avec la ou les nouvelles victimes des marchés financiers. Après la Grèce, c’est au tour du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne à subir les tentatives de déstabilisation des opérateurs. Avec l’Espagne en point de mire pour le moment. C’est vrai que c’est un gros morceau et que l’effondrement du secteur immobilier a créé un vide important difficile à remplir. Je vous rappelle le tableau : avec la crise, les stocks de crédit immobilier ou aux entreprises du secteur ont commencé à se déprécier, une bonne partie est même bonne pour la poubelle, et une autre grosse partie est de nature à finir aussi à la poubelle si on n’y prend pas garde. Et ce qui suit est toujours du même tonneau : le creux de l’immobilier doit être compensé par les banques, celui des banques par l’Etat, et celui de l’Etat par la collectivité, ici, les fonds structurels européens en cours d’aménagement, et l’apport du FMI. Mais pour le moment, l’édifice résiste.

Et la BCE que je n’ai pas citée dans les assistants aux pays en difficulté ? Et bien la BCE commence à fatiguer. Les banquiers centraux qui se sont réunis ce week-end à Washington ont évoqué le problème des aides aux pays en difficulté. Et, finalement, ont rappelé que les banques centrales, la BCE, n’ont pas pour vocation de tels plans d’aide. La BCE est là pour assurer la stabilité des prix, des taux d’intérêt, et de la valeur de l’euro, en gros. Mais c’est un discours qui est là pour la galerie puisque l’objet de la BCE peut très bien être revu au fil du temps. Ca n’irait pas vite, mais ce serait le résultat d’une évolution politique. A suivre. A suivre en se disant qu’en réalité, la BCE a déjà fait ce qu’elle ne voulait pas faire… Il y a quelques semaines, elle a alloué en une journée plus de 500 milliards d’euros de prêts à trois ans et surtout à un pour-cent ! Comme une des participantes aux sessions de formation de MoneyStore le disait récemment, c’est clairement faire tourner la planche à billets. En clair, cette opération a très bien fonctionné quand même : c’est ce qui a permis à la zone euro de retrouver une stabilité temporaire avec une très nette baisse des taux dans les pays les plus à l’aise, dont la Belgique. Vous l’avez vu, cela s’est traduit notamment par une forte baisse des taux des comptes d’épargne. Une forte baisse ? Oui, quand on passe de 1,5% à 1% c’est une baisse relative de 30% !

Je reviens à la BCE et à son paquet de milliards injectés dans les banques. Est-ce que c’est risqué? Ben… oui, c’est risqué. Mais on le sait et le dossier va être suivi de près pour éviter les vagues, enfin, les tsunamis. Une partie de cet argent est rentré dans les caisses des banques pour solidifier ces dernières, mais des montants très importants ont été réinvestis là où ça peut rapporter. Et on pense notamment ici aux pays émergents, en dette de bonne qualité, et en actions d’entreprise en croissance dans des économies en bonne santé ! Jusque-là, rien à dire ! Mais on est ici dans un jeu complexe dont les participants devront tôt ou tard retirer leurs mises. Tard, c’est dans trois ans, puisque les banques qui ont emprunté à la BCE devront rembourser le capital. Et dans les pays émergents, on commence déjà à paniquer dans cette perspective. Pourquoi ? Parce que l’apport massif de capitaux fait gonfler les prix des valeurs cotées, actions, obligations, entreprises, immobilier. Et on est en train de créer une bulle financière. Et lorsque cet argent va repartir, on risque fort d’assister à de fortes secousses financières.

En fait de bulle on va avoir droit dans quelques semaines à un sérieux test de crédibilité des marchés boursiers. Avec l’introduction en Bourse de Facebook. Je suppose que je ne vous présente pas la société. Mais elle gagne de l’argent maintenant, elle est en forte croissance, et elle a commencé à acheter des concurrents. Avec notamment Instagram, il y a dix jours, pour un milliard de dollars ! Pour une petite boîte qui ne gagne pas du tout d’argent… Le prospectus sera sans doute intéressant à lire. Et je n’oserai pas me prononcer sur l’action. Il y a un risque, certes dans une activité immatérielle. Mais on a dit cela de Google aussi lors de son introduction. Et le titre s’est plutôt bien comporté depuis. C’était en 2004, la société avait placé ses actions de manière chaotique pour lever 1,66 milliard de dollars et se voir valorisée à 23 milliards. Elle pèse aujourd’hui pas loin de 200 milliards de dollars en Bourse. Pour Facebook, on parle d’une valorisation de départ de 100 milliards. Mais c’est une entreprise qui a un haut pouvoir de séduction et qui est connue par des milliards d’investisseurs potentiels.

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