NYSE Euronext va se faire racheter, une opportunité pour Bruxelles ?

L’édition de La Libre Belgique de ce jour communique qu’ « Intercontinental Exchange (ICE) a annoncé jeudi le rachat de NYSE Euronext, une opération de 8,2 milliards de dollars (6,2 milliards d’euros) motivée avant tout par les perspectives du marché des produits dérivés financiers. ICE a d’emblée déclaré qu’il chercherait à se séparer d’Euronext, la branche européenne de NYSE Euronext, en l’introduisant en Bourse une fois l’acquisition achevée au second semestre de l’an prochain ».

En cette fin d’année, l’annonce ne manque pas de surprendre les observateurs. Nous avons interrogé un interlocuteur de choix en la personne d’Olivier Lefèbvre, ancien président de la bourse de Bruxelles et actuellement administrateur indépendant, qui a connu les fusions des bourses européennes de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne et puis l’intégration dans le groupe américain NYSE.

Quelles sont les principales raisons qui motivent ce rachat par ICE ?

D’après ce que j’ai pu lire, ICE veut s’inscrire dans le paysage des dérivés classiques et développer des synergies en matière de coûts opérationnels. Ils veulent à la fois se diversifier dans les produits mais aussi renforcer leur position en Europe. Dans les produits, ils veulent renforcer leur position sur les produits de taux d’intérêts et sur les produits en euro. Ils sont aussi très intéressés par le clearing, ce qui est logique dans la mesure où les régulateurs veulent faire passer les produits OTC vers des marchés régulés. Il n’est pas étonnant qu’ils vendent la partie equities (actions) en Europe. Ils ne sont pas stratégiques pour ICE et doivent réduire leur endettement. Dans ce cadre, l’activité de marché boursier de New-York paraît exotique dans ce groupe.

Et à quelle sauce pourrait être mangée la Bourse de Bruxelles ?

C’est difficile à dire à ce stade. Il est clair que les marchés d’actions européens n’intéressent pas ICE. Ils ont souscrit à un emprunt bancaire pour réaliser cette opération, emprunt qu’ils peuvent réduire par la cession des activités boursières européennes.

En soi, l’annonce d’une IPO (introduction en bourse) de la partie européenne est une bonne nouvelle car cela signifie que la partie européenne du groupe pourrait retrouver une certaine autonomie. On peut penser qu’il y aura sans doute des discussions avec la Deutsche Börse. Je ne vois pas tout cela d’un mauvais œil dans la mesure où les bourses européennes reviendraient dans des mains européennes.

Pour l’avenir, il va cependant falloir veiller à avoir, au sein d’Euronext, des leaders suffisants pour assurer une bonne transition et éviter que tout ne parte en morceaux. C’est important d’avoir une plateforme internationale avec une réelle pertinence au niveau local. Une bourse est importante dans un pays pour la survie de son tissu économique. Il faut revenir à des moyens plus constructifs.

Je vois dans cette reprise de NYSE Euronext par ICE et dans cette vente de la partie européenne, une réelle opportunité pour l’Europe. Le conseil d’administration d’Euronext doit prendre ses responsabilités pour mener Euronext dans une nouvelle phase de développement. Les régulateurs européens aussi doivent poursuivre cet objectif dans cette phase cruciale de 12 à 18 mois. Il faut que cette vente de la partie européenne du groupe NYSE Euronext soit saisie comme une opportunité plutôt que de la subir. Il faut que cela se fasse en bonne concertation avec les régulateurs pour développer un rôle actif des bourses dans l’économie en respectant les caractéristiques propres à chaque marché.

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