Liquidité : ami ou ennemi des marchés actions ?

Par Dexia AM

Tout comme la nature, les marchés ont horreur du vide et sont à la recherche permanente d’un paradigme c’est-à-dire un régime de fonctionnement qui les gouverne. Au cours des années 90 – début 2000 on parlait ainsi de « Great Moderation » caractérisé par une politique monétaire excessivement accommodante (taux d’intérêt très bas et forte liquidité) et une politique budgétaire de soutien systématique à la croissance. A ce régime a succédé le « Goldilock » qui correspond au contexte idéal pour les marchés actions c’est-à-dire une forte croissance économique couplée à une faible inflation.

Depuis quelques semaines les investisseurs semblent croire à l’émergence d’un nouveau paradigme de marché après les dernières annonces de mesures non conventionnelles de la part de la Banque Centrale Européenne. On assisterait à la formation d’un nouveau régime « Goldilock » caractérisé par une liquidité synchronisée (tant dans les pays développés qu’émergents) ultra abondante avec une croissance faible mais toutefois positive. Ce paradigme serait favorable aux marchés actions étant donné leur faible niveau de valorisation.

Ce concept est séduisant mais avant tout théorique et analytique. Les liquidités illimitées apportées par la BCE aux banques européennes pour une durée de 3 ans permettent de réduire à court terme les risques extrêmes de rupture du système financier. Elles n’apportent en rien une réponse au déficit de croissance dont souffre l’Europe ou au besoin de réforme structurelle. La liquidité est comme Janus une réalité à deux faces. Insuffisante elle étouffe les marchés et accélère les problèmes, excessive elle apaise une situation tendue mais elle n’empêche pas les problèmes de refaire surface ultérieurement. La liquidité peut être en ce sens vicieux. Elle amène à perdre de vue l’essentiel, les fondamentaux et à pousser ainsi les investisseurs à baisser la garde. Une bulle de liquidités peut conduire à pousser les cours de bourse au-delà des niveaux que justifient les fondamentaux.

La liquidité a simplement redonné du temps aux gouvernements pour prendre des mesures structurantes tant sur la croissance que les comptes publics. On ne peut que se réjouir du rebond des marchés actions mais il reste à le rendre pérenne.

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