Trois bonnes raisons pour faire sauter la banque universelle

Par Olivier Lefebvre, Chargé de Cours invité à l’Economic School of Louvain

Malgré la gravité de la crise bancaire, les autorités européennes, du moins celles de la zone Euro, ont refusé d’ouvrir le débat sur le retour à la séparation des métiers entre banques de dépôts et banques d’investissement. Elles ont tort pour au moins trois raisons.

La première est l’argument classique du mélange de genre quant aux risques qu’impliquent des activités de crédit traditionnelles et les prises de positions ouvertes sur les marchés, directement ou via le financement de fonds spéculatifs.

La seconde raison est qu’à défaut de séparation des métiers, pour maîtriser les risques qu’impliquent les activités de marchés des banques, les régulateurs ont alourdi les contraintes réglementaires qui portent sur l’activité de crédit classiques de celles-ci.

En d’autres termes, même si le crédit des banques belges aux PME belges n’est en rien à l’origine de la crise, ce crédit est devenu plus cher  et supporte des conditions plus restrictives aujourd’hui, du fait du renforcement des exigences réglementaires sur l’ensemble de l’activité bancaire. En séparant les métiers, on pourrait jeter les bases d’une réglementation adaptée et plus proportionnelle aux risques que ces divers métiers font peser.

Enfin la troisième raison est la limitation des risques systémiques dont la couverture est, on l’a vu, in fine à charge du contribuable. Le caractère systémique des banques tient par nature à leur activité de collecte des dépôts et de gestion du système de paiements. C’est pour cette raison que la collectivité ne peut pas « laisser tomber » une banque. La faillite d’une banque d’investissement n’est systémique qu’en raison de sa taille et des risques qu’ont sur elle les autres institutions financières. On l’a vu avec la faillite de Lehman.

Or, si on peut accepter que le contribuable intervienne pour sauver son système de paiement, il est scandaleux qu’il couvre les risques spéculatifs d’une banque d’investissement. En maintenant la banque universelle, le contribuable est contraint de couvrir les deux types de risques ce qui crée un « aléa moral » inacceptable pour les activités spéculatives.

Il est temps d’ouvrir le tabou de la banque universelle et d’introduire des parois coupe feu entre les activités financières et bancaires, ainsi que des règles de fonds propres qui allouent ceux-ci de manière séparée entre les activités de banques de dépôts et de banques d’investissements.

 

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Une réponse à Trois bonnes raisons pour faire sauter la banque universelle

  1. Roger dit :

    Entièrement d’accord avec Olivier Lefebvre.
    De plus au niveau de l’ensemble du marché, on peut se demander si les opérations faites par les salles d’arbitrage apportent réellement un plus à la communauté dans son ensemble.
    En effet à un moment T dans le marché si la banque A fait une opération profitable , sa contrepartie la Banque B a du enregistré une perte.
    L’ensemble des intervenants peuvent théoriquement faire tous des profits si le(s) cotations sur les marchés sont en croissance mais ce n’est et ne sera pas toujours le cas.

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