Le PIB : indicateur de richesse ?

Par Olivier Lefebvre, Chargé de Cours invité à l’Economic School of Louvain

Le fameux PIB (Produit Intérieur Brut) est généralement considéré comme un bon indicateur de la richesse d’une nation. C’est en effet la variation réelle du PIB qui va indiquer si une économie est en croissance ou en récession et lorsqu’on compare la richesse des pays, on va comparer le PIB par habitant.

On sait depuis longtemps que le PIB ne mesure pas le bien-être ni la qualité de vie. C’est pour cela que les Nations Unies par exemple, ont développé des indicateurs de bien-être ou de développement humain. Mais on se rend compte aujourd’hui que le PIB ne mesure même pas correctement la richesse ! En effet, c’est un peu comme si on gérait une entreprise en ne regardant que le chiffre d’affaire, mais en omettant de mesurer certains coûts et en ignorant entièrement le bilan.

Une entreprise peut voir son chiffre d’affaire augmenter et courir à la faillite si elle ignore ses coûts et si sa croissance est fondée sur l’endettement. C’est pourtant ce que nous faisons sur le plan macroéconomique. Nous nous  réjouissons de voir la croissance passer de 1 à 2 % et pourtant cela ne signifie pas nécessairement que notre économie s’enrichisse davantage. Peut-être même qu’elle s’appauvrit ? En fait, on n’en sait rien !

On sait juste aujourd’hui, que plus le PIB augmente, plus nous détruisons des actifs non renouvelables, (ressources naturelles, biodiversité), et plus nous accumulons un passif environnemental colossal (densification de l’atmosphère en gaz à effets de serre, pollutions des sols et des eaux,…). Et nous le faisons de manière effrénée.

On commence à chiffrer le coût du réchauffement climatique, de ses conséquences et de sa maîtrise grâce notamment aux travaux du GIEC. Mais on travaille encore à l’aveugle quant au coût économique de l’érosion de la biodiversité ou de la dégradation des océans, par exemple. Sans parler du coût collectif de la « mal-bouffe ».

La crise financière vient de nous rappeler que le développement basé sur le surendettement est intenable. Ce qui est vrai en matière d’endettement financier est plus vrai encore en matière de dette environnementale, car on ne peut pas faire défaut, ou restructurer, et personne n’est là pour nous la racheter. Nous la passerons inexorablement à charge des générations suivantes. Et nous mériterons un « triple C » posthume, si nous ne prenons pas nos responsabilités.

En attendant que les économistes, notamment de l’OCDE qui y travaillent, nous trouvent de meilleurs indicateurs, regardons le PIB avec circonspection, et gardons un œil lucide sur nos bilans financiers, sociaux et environnementaux.


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