Comment investir en bon père de famille ?

En gestion patrimoniale, la notion de bon père de famille, que l’on pouvait croire immuable, ne cesse d’évoluer. Que cherche « un bon père de famille » quand il investit ? Il tente d’obtenir un certain rendement tout en préservant son capital. Il développe une aversion au risque plutôt en ce qui concerne son capital qu’une aversion sur la perte de rendement.

Dans le domaine des placements, certaines valeurs sont considérées comme plus sécurisantes que d’autres. Mais cette notion et ces valeurs ont évolué selon les époques. Empruntons la machine à remonter le temps.

Avant la crise de 2008, les valeurs bancaires avaient la réputation d’être un investissement stable caractérisé par des dividendes ponctuels en hausse régulière. Elles furent de bonnes valeurs de fond de portefeuille. Dans la partie obligataire, les obligations souveraines étaient considérées comme les valeurs peu risquées par excellence et elles sont sorties grandes gagnantes de la crise. Quant à l’or, il a toujours été considéré comme une  valeur-refuge bien qu’il ne produise aucun rendement.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le statut des banques a changé dans les portefeuilles. Elles ont clairement perdu leur statut de bon père de famille en raison des effets de levier qu’elles ont pratiqués, de leurs résultats désastreux et de l’intervention massive des Etats dans leur capital. Elles ont été à la base de la catastrophe financière de 2008 et cela a lourdement pesé sur la confiance des investisseurs. La crise des dettes souveraines de 2011 n’a pas arrangé ce profil. Quant aux obligations gouvernementales, les émissions de certains pays du sud de la zone euro se retrouvent parmi les actifs les plus risqués ayant des rendements parfois équivalents à ceux des junk bonds (obligations pourries).  Quant à l’or, il a touché des sommets jamais atteints. N’entre-t-on pas dans une phase plus spéculative pour ce placement jadis considéré comme l’un des plus sécurisants en cas de crise ?

Alors aujourd’hui, cette notion de bon père de famille a-t-elle encore un sens ? Comment investir dans cette optique ? La diversification reste un maître-mot en gestion de patrimoine. Ne dit-on pas qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ? En ce qui concerne les obligations étatiques, il faut désormais analyser la situation pays par pays en veillant au niveau de la dette par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB) et se concentrer sur des pays qui sauront prendre les mesures budgétaires adéquates. Il faut faire une analyse de risque pays comme pour les obligations corporate. Il faut aussi admettre que le risque sur les marchés, en règle générale,  est désormais beaucoup plus important qu’il y a quelques années. La donne a changé.

En ce qui concerne les investissements en actions, il faudra donc se tourner vers des sociétés bien valorisées qui ont un endettement faible dans des secteurs peu sensibles à la conjoncture. A côté des investissements qui ont perdu de leur attrait, certaines opportunités apparaissent. Les pays émergents ont mieux traversé la crise de 2008 que les économies occidentales. Ces pays sont devenus créditeurs du reste du monde alors qu’ils en étaient les débiteurs. Finalement, la grande leçon à tirer des crises que nous avons traversées consiste à comprendre que rien n’est immuable et que l’allocation de portefeuille doit être revue régulièrement et réadaptée au profil de risque de l’investisseur en fonction des événements. En somme, il n’existe pas d’investissement sans risque.

 

Ce contenu a été publié dans Gestion, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.